| Pétrole
en Haiti Par Dr. Georges Michel
La
même carte signale un gisement de pétrole dans la plaine dominicaine d'Azua, à une
faible distance au nord de la République Dominicaine de la ville d'Azua. D'après les informations dont nous disposons, ce
dernier gisement en République Dominicaine avait été mis effectivement en exploitation
dans la première moitié de ce siècle il avait produit jusqu'á 60.000 barils de
pétrole par jour, puis avait été fermé, ayant été jugé à l'époque
"insuffisamment rentable". Toujours pour rester en République Dominicaine, on
annonçait qu'en 1982 il avait été découvert en face de cette plaine d'Azua, un immense
gisement de pétrole off-shore au large de Barahona, mais que ce gisement avait été
laissé inexploité. Ceux
qui ont fait le voyage Port-au-Prince/Santo-Domingo peuvent témoigner que la plaine
d'Azua et son littoral ressemble à s'y méprendre à la zone de Vieux-Bourg d'Aquin et du
littoral correspondant. Il ya des chances
raisonnables qu'il y ait donc des dépots d'hydrocarbures dans la région haïtienne
homologue, d'autant que nous sommes laissé dire que dans la plaine des Cayes il y avait
des indices géologiques de présence de pétrole, de même que dans la baie des Cayes,
entre les Cayes et l'Ile-à-Vache. Nous
nous baignions en 1975 à Cayes-à-l'Eau, quant nous eûmes les pieds souillés par une
sorte d'huile noirâtre qui suintait du fond marin. Un
pêcheur du lieu nous avait expliqué que c'était chose courante en cet endroit. Il
en fait rapport d'un phénomène similaire dans d'autres régions du pays. Paraît-il en Plaine de Léogane et au pied du
Morne-à-Cabrit. On a signalé également la
présence de schistes bitumineux dans le Département de la Grand-Anse. Toujours
est-il qu'il existe de nombreux endroits dans notre île (Haïti et République
Domincaine) qui présentent tous les critères géoligiques de présence d'hydrocarbures. En Haïti, citons la plaine des Cayes, la plaine de
Léogane, la plaine du Cul-de-Sac, la plaine des Gonaïves et la Savane désolée, la
Plaine du Nord. L'Ile de la Gonâve et les littéraux correspondants pour les gisements
off-shore. Dans cette liste, il ne faut pas
oublier le grand bassin sédimentaire haïtien du Plateau Central. Dans
le courant des années 50, la Compagnie Knappen-Tippen-Abbet (surnommée par les
populations locales (Compagnie Ti-pain à beurre) avait effectué des forages à la
Gonâve, en plaine de Cul-de-Sac, au Plateau-Central et dans la région des Gonaïves. Tous ces forages s'étaient avérés extrêmement
prometteurs et les résultats avaient été au-delà des espérances. Cependant, les grosses multinationales
pétrolières, dont certaines opéraient en Haïti, avaient fait pression pour que les
gisements découverts ne fussent pas exploités. Haïti n'était ni l'Arabie Saoudite ni
le Koweit. A une époque où le baril de pétrole brut se vendait un peu plus d'un dollar,
et que le Golfe Persique en fournissait à gogo, il n'y avait aucune raison pour ces
Compagnies de mettre en exploitation des gisements beaucoup moins rentables, alors que
l'ARAMCO faisait la pluie et le beau temps en Arabie, à vil prix, pillant même les
précieuses ressources pétrolières de ce royaume. On
garderait les gisements haïtiens ainsi que d'autres gisements en réserve pour le XXIème
quand la pactole moyen-oriental se serait tari. C'est ce qui arriva!. Les puits de la Knappen-Tippen-Abbet furent
numérotés, soigneusement cadenassés ou scellés avec du ciment et on les oublia. Les
rapports de cette immense campagne de forage ne furent, semble t-il jamais communiqués
aux Haïtiens. Pensez-vous, on n'allait jamais remettre à ce ramassis de nègres
arriérés des informations qui leurs permettraient de travailler à leur libération
économique. Ce serait les rendre trop puissants et donner trop de pouvoir à la petite
Haïti. Les
Haïtiens n'avaient qu'a attendre un demi-siècle ou un siècle pour cela. Cependant, la campagne fructueuse de
Knappen-Tibben-Abbet donna l'occasion à de nombreuses promotions d'écoles haïtiens,
préparant leur certificat d'Etudes Primaires et étudiant dans le manuel de géographie
d'Haïti des Frères de l'Instruction Chrétienne, d'apprendre que notre sol possédait
des gisements de pétrole, au Plateau Central, et à la Gonâve. Ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un
sourd
Il
est généralement admis dans tous les milieux pétroliers qu'il existe des gisements
d'hydrocarbures dans le sous-sol de l'île d'Haïti, mais ces milieux ne sont pas pressés
de les mettre en exploitation, tellement les réserves aisement disponibles et déjà
répertoriées sont importantes dans les grandes régions productrices de pétrole du
monde. On aura toujours le temps de penser à l'île d'Haïti. On
a cependant failli penser à nous lors de la crise du Golfe quant les gisements Kowetiens,
Saoudiens et autres étaient menacés par Saddam Hussein. Si
les cubains n'avaient pas fait de grands efforts par eux-mêmes pour mettre leur pétrole
en exploitation, personne ne l'aurait fait pour eux à leur place. Si ce n'étaient pas les efforts des Cubains, le
pétrole cubain serait logé dans les entrailles de la terre, comme l'est toujours le
pétrole haïtien. La balle est dans notre camp
Si
les grandes compagnies ne sont pas intéressées à s'occuper de nous et de notre
pétrole, nous aurions pu demander à nos voisins cubains de venir nous aider à exploiter
notre pétrole. Dans
leur quête dramatique pour le pétrole, les cubains ont développé une technologie et un
savoir-faire dont nous pourrions, en échange de leurs services, céder aux cubains une
partie de la production pétrolière nationale et leur donner une part de bénéfices. Une mission de responsables gouvernementaux et
d'hommes d'affaires haïtiens devrait partir pour Cuba en ce sens. La
triste affaire de l'embargo international à bien montré que nous devons nous
débrouiller tous seuls, et surtout que nous n'avons pas à attendre les O.K. du grand
Voisin du Nord pour ce qui touche à nos intérêts vitaux. L'ensemble du corps social a pu voir et bien se
rendre compte de la manière dont le Grand Voisin du Nord nous a traités et nous traitera
encore à l'avenir. Haïti ne sera sauvée
que par les Haïtiens, et par les Haïtiens seuls, c'est la principale leçon de
l'embargo. Si
notre pétrole avait été disponible, on aurait pas été forcé de capituler
honteusement à la suite du blocus pétrolier décidé au mépris du droit international
avec leur infâme résolution 841, par les grandes puissances portant désormais le nom
pompeux et ridicule de " communauté internationale". Nos
responsables, nos grands brasseurs d'affaires, nos économistes ultra-libéraux, nos
grands contrebandiers, nos Chicagos-Boys anti-nationaux et autres ruffians, auraient
préféré importé de l'air, plutôt que de mettre en exploitation les ressources
d'Haïti. Avec un zèle qu'il est difficile
à comprendre, ils obéissent au doigt et à l'oeil aux injonctions du FMI et de la Banque
Mondiale, et se mettent avec ces deux organismes pour détruire l'économie haïtienne, et
en particulier notre précieuse agriculture. Néanmoins,
ils se retrouvent bien attrapés et nous avec, quand pour l'impérialisme, pour satisfaire
ses macabres desseins, décide d'imposer un embargo, le dernier embargo (il y en aura
peut-être d'autres à l'avenir, qui sait?) a prouvé qu'il faut accéler l'intégration
économique avec la République Dominicaine. Les
deux Républiques devraient s'engager par traité à se fournir mutuellement du pétrole
quelques que soient les décisions d'une tierce partie. La
construction d'un oléoduc transinsulaire, Barahona-Port-au-Prince, pourrait être un
élément de cette intégration pétrolière entre les deux pays qui se partagent l'île. Dr Georges Michel |